Le bateau

Arion est plus qu’un voilier d’expédition polaire : c’est un frère d’armes.

47 pieds · 17 T · aluminium Strongall · dériveur lesté · ballast 5,2 t

Conçu pour durer quand la mer use. Arion est une plateforme d’endurance : marge structurelle, stabilité exploitable et systèmes pensés pour rester lisibles, réparables et opérationnels loin de toute assistance.

Deux priorités. Garder du contrôle à basse vitesse. Continuer quand tout se dégrade.

Relation · architecture · endurance polaire

Identité & conception

Chez les navigateurs engagés, la relation au bateau dépasse largement l’objet. Ce n’est pas une question de romantisme, ni quelque chose de visible depuis le ponton. En mer dure et répétitive, quand la fatigue s’installe et que chaque manœuvre a des conséquences, le bateau devient un partenaire à part entière.

Beaucoup de skippers parlent à leur bateau, sentent quand il souffre, quand une charge est mal répartie, quand un réglage arrive trop tôt ou trop tard. La coque, le gréement, les appendices communiquent en permanence. Sans cette écoute, on ne forme pas un bon binôme — et dans ces conditions, la mer le rappelle vite.

C’est pour cela que j’emploie l’expression frère d’armes. Dans une mer démontée, la route devient une guerre d’usure. On ne domine rien. On tient ensemble, ou on renonce.

Cette relation conditionne directement la manière dont Arion a été conçu : un bateau lisible, tolérant, réparable, capable d’absorber l’erreur humaine sans rompre l’équilibre du duo.

Arion est un voilier d’expédition de 47 pieds conçu pour préserver la maîtrise à basse vitesse dans une mer courte et dure. Son architecture de dériveur lesté avec saumon et quille rétractable (2,20 m) concentre le ballast (5,2 t) là où il sert vraiment : stabilité durable, raideur à la toile et contrôle, tout en conservant un tirant d’eau adaptable aux mouillages contraints.

La structure est volontairement dimensionnée pour la durée et la fatigue : coque en aluminium Strongall de 10 mm, bordés renforcés jusqu’à 25 mm, pont en 6 mm. La zone du saumon lesté boulonné est traitée comme une pièce maîtresse : semelle à 60 mm sur la zone d’effort, dégressive vers 30 mm, puis reprise sur la coque. L’ensemble forme une véritable colonne vertébrale, pensée pour absorber les charges et rester réparable en autonomie.

Les images ci-dessous montrent Arion en phase de chantier et de mise au point : sortie d’eau, inspection, accès aux structures. Un outil en construction, pas un bateau mis en scène.

Arion sur bers au chantier
Sur bers au chantier : sortie d’eau et inspection complète de la coque.
Arion à flot au port
À flot au port : configuration de travail et accès direct aux zones de manœuvre.
Détail de coque d’Arion au ponton
Détail de coque au ponton : volume, franc-bord et protections.
Lecture rapide

Spécifications clés

Architecture & structure

  • Longueur : 47 pieds · LWL : 12,30 m
  • Architecture : dériveur lesté + saumon lesté + quille rétractable (2,20 m)
  • Ballast total : 5,2 t (stabilité, raideur à la toile)
  • Coque : aluminium Strongall 10 mm · bordés renforcés jusqu’à 25 mm
  • Semelle (saumon boulonné) : 60 mm → 30 mm → reprise 10 mm
  • Pont : aluminium 6 mm

La finalité est claire : une marge de sécurité structurelle qui tient dans le temps, et une réparabilité compatible avec l’isolement.

Travaux en cours (prépa expédition)

Construction d’un roof rigide pour des quarts abrités des embruns et du froid, et consolidation des logiques de manœuvre. Objectif : transformer une base déjà très solide en machine d’endurance.

Signature & lisibilité

Dans le Grand Sud, le repère visuel compte. Le rose pastel n’est pas un “style”, c’est une signature : immédiatement reconnaissable, lisible dans la brume et stable pour le mental quand on navigue seul.

  • Repère visuel constant en navigation solitaire
  • Identité claire (sécurité & communication)
  • Visibilité renforcée par temps dégradé
  • Présence humaine dans un environnement minéral
Produire · stocker · durer

Énergie & autonomie : rester opérationnel quand tout s’arrache

La logique énergétique d’Arion n’est pas pensée pour le confort à quai. Elle est pensée pour le scénario qui fait mal : passage du Drake, mer démontée, bateau secoué, et un portique arraché — plus de panneaux, plus d’éoliennes. Dans ce contexte, je veux pouvoir atteindre une terre d’abri sans devoir lancer une génératrice au pire moment, quand chaque geste est déjà une bagarre.

Le choix est simple : en conditions de navigation extrême, avec uniquement le vital en service (pilote, radar, navigation, instruments, communications), un seul parc doit tenir trois jours sans recharge. Le second parc reste prêt à prendre le relais ou à encaisser une hausse de consommation (pompes, avarie, urgence).

Système d'énergie à bord, illustration de redondance
Redondance énergétique : ne jamais dépendre d’une seule source en mer dure.
Deux parcs batteries lithium, énergie redondante
Deux parcs séparés : conserver le vital de navigation même en dégradation.

Architecture : deux parcs indépendants, une redondance réelle

Arion embarque deux parcs lithium séparés. Chacun est constitué de 4 batteries lithium 12 V / 300 Ah, conservées en 12 V via montage en parallèle. Je peux basculer sur un parc ou l’autre, ou combiner selon la situation : mode endurance, mode sécurité, ou “toute la gomme” si nécessaire.

  • Deux parcs isolables (un parc = autonomie de navigation “vital”)
  • Bascule immédiate (continuité opérationnelle)
  • Réserves pour pics de consommation (pompes, incidents, manœuvres)
  • Choix assumé du 12 V : simple, robuste, maintenable

Production : sources multiples, jamais dépendre d’une seule

En temps normal, Arion recharge via plusieurs sources complémentaires : solaire, éolien, hydrogénération et alternateur moteur. La stratégie vise à maintenir une capacité de recharge même si une ou plusieurs sources deviennent indisponibles.

  • Entrée “réaliste” en navigation : ~600 W solaire (variable selon orientation/ombrage)
  • 2 éoliennes (jusqu’à 500 W chacune)
  • Hydrogénératrice 500 W
  • Alternateur moteur ~500 W

Secours & recharge rapide : reprendre de la marge

Pour les situations dures ou l’urgence, une génératrice diesel 3000 W est une cartouche de sécurité. Elle peut alimenter deux chargeurs Victron (50 A chacun) pour restaurer rapidement l’autonomie.

  • Génératrice diesel 3000 W (secours / urgence)
  • 2 chargeurs Victron (1 par parc), jusqu’à 50 A chacun
  • Objectif : restaurer l’autonomie sans immobiliser la navigation

Conversion & usages : puissance disponible, mais disciplinée

Chaque parc dispose de son convertisseur 12 V → 220 V (3000 W crête) pour les usages ponctuels. En mer dure, la règle est simple : l’énergie sert d’abord à la navigation et à la sécurité. Le reste attend.

  • 2 convertisseurs (1 par parc), 12 V → 220 V, 3000 W crête
  • Priorité : pilote, radar, nav/com, sécurité
  • Capacité à encaisser des pics (déshumidification, outillage) quand la fenêtre météo le permet

Chauffage : séparé de l’électrique

Le chauffage principal ne dépend pas de l’électricité : Chauffage au fioul dans le carré, doublé d’un poêle à bois pour la Patagonie. L’électricité reste réservée aux fonctions critiques. Deux Webasto existent pour l’aération des fonds de cale, mais une solution alternative est prévue (exigence plus élevée).

Doctrine d’usage

Tolérer, contrôler, continuer

Dans les mers australes, la question n’est pas d’être “rapide”. C’est d’être encore là demain, puis la semaine suivante. La mer est froide, répétitive, et elle casse les faibles : fatigue structurelle, usure des systèmes, erreurs dues au manque de sommeil. Arion est préparé comme une plateforme de progression : encaisser l’imprévu, garder du contrôle à basse vitesse, et conserver une option de repli quand la météo ferme la porte.

Une circumnavigation au sud des 60°S impose une logique d’endurance : des milliers de milles sans marge “marketing”. Ici, premium signifie : robuste, lisible, réparable, redondant.

Contact & tolérance

En polaire, le contact n’est pas théorique : glace dérivante, brash ice, manœuvres serrées, mouillages exposés. La stratégie n’est pas “zéro contact” : c’est “contact maîtrisé” — protéger, absorber, rester capable de repartir.

  • Aluminium : robustesse et réparabilité
  • Appendices protégés : logique de dégâts acceptables
  • Approche réaliste des abris et zones contraintes
  • Priorité : intégrité + capacité à continuer
« La victoire, c’est de continuer. »

Manœuvre en isolement

En solitaire, la simplicité est une sécurité. Les systèmes doivent rester lisibles, les gestes courts, les routines soutenables. Arion est préparé pour réduire la charge mentale et préserver l’énergie : c’est là que se gagne la durée.

  • Contrôle fin à basse vitesse
  • Routines simples et répétables
  • Redondances utiles (fonctions vitales)
  • Objectif : rester lucide

Dans le grand sud, la performance, c’est la marge : de structure, d’énergie, de lucidité.

Arion en images

Galerie photos

Une sélection de vues d’Arion en préparation : chantier, port, détails de coque.

Prochain volet : Gréement & motorisation

La suite portera sur le gréement surdimensionné, la logique de manœuvre et la motorisation pensée pour garder une option quand la météo impose sa loi.